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Geneviève Morand

Grands réseauteurs
Geneviève Morand
Geneviève Morand a fondé à Genève en 1998 rezonance.ch, un réseau social d'affaires qui connaît un vif succès.

En 2009, sous l'impulsion du Conseiller d'État responsable de l'économie, Geneviève Morand a mis sur pied un centre de créativité afin de rendre Genève visible et attrayante sur la carte mondiale des villes créatives.

En janvier 2010, Geneviève Morand a rejoint le Groupement des chefs d'entreprise du Québec afin de créer des clubs en Suisse romande et en France. Notre collaboratrice Sylvie Roy l'a interviewée.

Sylvie Roy : Quand avez-vous commencé à vous intéresser au networking ?

Geneviève Morand : J'ai créé mon premier réseau une année après avoir obtenu ma maîtrise en administration publique (MPA) en 1985. Il s'agissait d'un réseau d'anciens étudiants de mon école, l'Institut des hautes études en administration publique (IDHEAP).

Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi, une fois mes études terminées, je n'avais plus de nouvelles ni de mon école, ni de mes anciens professeurs, ni de mes collègues étudiants.

Dix ans plus tard, j'ai mis sur pied un réseau reliant des jeunes francophones de tous les continents grâce à une émission de télévision, un magazine imprimé et un site Internet. Ce projet a remporté le prix de l'innovation de la Télévision suisse, SSR Idée Suisse.

En 1998, j'ai créé le réseau d'affaires Rezonance et il y a cinq ans, j'ai importé en Suisse le concept des Cellules d'entraide pour femmes du Réseau des femmes d'affaires du Québec (RFAQ). Nos cellules d'entraide réunissent aujourd'hui 150 femmes. Un seul des réseaux que j'ai créés a disparu, les autres fonctionnent encore très bien, ce qui démontre bien l'utilité des réseaux, qui peuvent très bien survivre à ceux qui les ont mis sur pied s'ils ont été créés avec un véritable souci de partage et du bien commun.

Dès janvier 2010, je mettrai sur pied en Suisse le Groupement des chefs d'entreprise du Québec, un réseau créé il y a 35 ans à l'initiative du ministre de l'Économie de l'époque par une dizaine d'hommes d'affaires. Il réunit aujourd'hui 1500 chefs d'entreprise propriétaires au Québec, en Belgique et bientôt en Suisse.

S. R. : Quand avez-vous adopté le terme de réseautage ?

G. M. : Je me suis intéressée au concept bien avant de connaître le terme français. À une certaine époque, je me suis rendu compte que les gens, après les conférences organisées au sein de Rezonance sur des thèmes liés à l'innovation, éprouvaient des appréhensions à l'idée de partager et d'adresser la parole à des inconnus pourtant intéressés comme eux aux nouvelles technologies.

Je me suis dit alors que je n'étais sûrement pas la seule à avoir observé cette situation et que d'autres avaient dû prendre le temps d'y apporter des solutions.

J'ai d'abord cherché chez nos voisins français, mais leur conception propriétaire du maillage me semblait incompatible avec l'échange d'information et d'expériences généreux dont faisaient preuve les conférenciers et les participants.

Le mot networking est trop souvent réduit à des techniques de vente pour nos amis anglo-saxons. J'ai donc continué à chercher. Jusqu'au jour où un Québécois m'a appris que, chez lui, on utilise le mot réseautage. Ce soir-là, en tapant le mot réseautage dans Google, je suis immédiatement tombée sur le site Internet de Lise Cardinal.

Depuis, je l'ai invitée une dizaine de fois à venir populariser ce mot - et ce concept - en Suisse. Il est devenu aujourd'hui d'usage courant.

S. R. : Quelle est votre définition personnelle d'un « réseau » ?

G. M. : Ce concept ne cesse de me surprendre par la richesse de ses possibilités. Un réseau est bien plus que l'addition de toutes les personnes que l'on rencontre dans une vie.

C'est le fil invisible qui nous relie tous, par six degrés de séparation et de confiance, en moyenne. Il sous-tend aussi une vision systémique du monde.

Ce Noël, j'ai eu la joie de converser avec Thierry Crouzet, auteur du livre-culte Le peuple des connecteurs. Il m'a fait prendre conscience du lien étroit qui unit réseau et liberté. Contrairement à l'idée reçue qu'un être libre est quelqu'un qui ne doit rien à personne, il a réussi à prouver que plus vous êtes connecté au réseau, plus vous êtes un être libre.

S. R. : Comment le réseautage est-il accueilli en Suisse ?

G. M. : Chaque peuple est plus ou moins timide. Le fait d'avoir un mot et surtout un verbe d'action pour définir la pratique du réseautage - c'est-à-dire comment je me mets en lien (ou pas) avec mon voisin, mon collègue, une inconnue, ma famille, mes amis sportifs ou artistes - vient changer la donne. Désormais, en Suisse, plus personne n'est censé réseauter sans le savoir (comme M. Jourdain) même si beaucoup gagneraient à être formés sur cette question et à s'exercer à cette pratique. Développer notre habileté à créer de nouveaux contacts, c'est vivre avec plus de plaisir au quotidien. On dit que 10 % des gens sont totalement réfractaires, 10 % réseautent comme ils respirent et que 80 % - c'est-à-dire la grande majorité d'entre nous - gagneraient à s'améliorer.

S. R. : Comment voyez-vous l'avenir ?

G. M. : Les sites de réseaux sociaux comme Facebook, LinkedIn et autres sont les arbres qui cachent la forêt. Il ne faut jamais oublier que les contacts se font avant tout entre personnes, comme le dit Lise Cardinal. Je crois en l'émergence d'un réseautage en petits groupes, confidentiel, apte à approfondir vraiment le partage et les relations sur le long terme. Le Groupement des chefs d'entreprise du Québec me semble à ce titre avoir créé des techniques de réseautage et d'entraide qui sont dix années en avance. Rappelons que le Groupement a été créé a l'initiative du ministre de l'Économie de l'époque et de 10 entrepreneurs québécois.

S. R. : À quoi sert tout particulièrement votre propre réseau ?

G. M. : On pourrait presque dire que je suis une réseauteuse professionnelle. J'ai offert de la formation sur le réseautage, j'ai prononcé plus de 50 conférences sur ce thème en Suisse, en Europe et même en Afrique. J'ai eu la chance de créer plusieurs réseaux en Suisse et à l'échelle internationale. J'ai écrit une multitude d'articles à ce sujet. Mon réseau me permet d'accéder à une forme de sérénité. Je sais que chaque personne que je rencontre est susceptible non pas de m'apporter ce dont j'ai besoin, mais d'être ce dont j'ai besoin. On pourrait même dire qu'il y a une dimension spirituelle dans le fait de vivre le lien, la connexion avec les autres.

S. R. : Quels conseils que donneriez-vous à quelqu'un qui débute dans la vie ?

G. M. : La meilleure façon d'apprendre, c'est de pratiquer, alors je recommande aux étudiants de joindre ou de créer des réseaux, mais surtout d'y être actifs. Et cela vaut pour les gens de tous âges. Et au-delà de votre pratique du réseautage, voyez la vie, non pas en rose, mais en réseau! Par exemple, le succès planétaire du cuisinier anglais Jamie Oliver pourrait s'expliquer bien sûr par sa capacité à donner le goût de cuisiner, mais aussi de donner envie de partager ses recettes avec ses voisins et de cuisiner ensemble. Et cela fait toute la différence entre un repas (une vie) en solitaire et un repas partagé et apprécié.

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